UN QUARTIER DANS UN MONDE DE MOSAÏQUES (article paru dans économie et humanisme mars 2006)
En 2006 l’association les 3R (Rénover, Restaurer, Réhabiliter) fêtera ses vingt ans. Elle célèbrera aussi le dixième anniversaire des Rencontres Internationales de Mosaïque. L’événement est attendu. A Chartres bien sûr, mais aussi dans le monde de la mosaïque où les Picassiettes sont devenus d’incontournables artistes, des Picassos de l’assiette, les fédérateurs d’un art tombé en désuétude. (1)
Tout commence avec Raymond Isidore, le balayeur du cimetière. A l’époque, le cimetière sépare le quartier des Hauts de Chartres du reste de la ville. Raymond Isidore dit Picassiette se rêve un destin d’artiste. Chaque jour il remplit sa brouette de morceaux d’assiettes, d’éclats de verre et de céramiques glanés en chemin. L’homme fait œuvre de ces débris jetés au rebut. Ces insignifiances font signe et il se livre alors, lui qui se dit rejeté, abandonné à la mort, à la réalisation de l’œuvre de sa vie. Il couvre sa maison de mosaïques.
A partir de 1990 le quartier des Hauts de Chartres, quartier de Picassiette, subit une importante transformation. On tente de reconstruire cet ancien ghetto en proie à la violence et aux dégradations. Pour les habitants qui subissent l’un des taux de chômage les plus élevés de l’hexagone, la reconstruction est l’occasion de mobiliser les associations. En 90, les habitants créent la Régie de quartier (2). Ils se tournent vers la ville et les bailleurs.
Les premières commandes de travaux cantonnent les habitants dans des tâches de nettoyage et de réparation. Peuvent-ils espérer être associés à la reconstruction ? Balayeurs, ils rêvent comme Picassiette d’être des artistes. L’aventure commence.
Face aux décideurs, les habitants se découvrent pique-assiettes, convives indésirés d’un banquet dont ils se sentent exclus. En 92, ils mettent en place un atelier de production de mosaïques, lieu d’entraînement au travail pour quantité de demandeurs d’emploi adressés par les services sociaux. La mosaïque, outil de reconstruction des personnes est un recours, l’ultime tentative d’ un quartier saisi par l’urgence pour reconstruire son identité..
En 1993, les habitants réalisent une mosaïque, réplique d’une œuvre d’ Isidore : « le rêveur de mosaïque ». Le maître s’y est représenté seul en grande conversation avec son chien. Tous deux rêvent de mosaïque. Installée sur une façade de la première tranche de reconstruction, elle est l’occasion d’une inauguration où les habitants disent leur rêve de voir un jour leur quartier reconstruit (3). C’est un dix huit juin, l’appel d’Isidore est lancé.
D’autres mosaïques verront le jour sur les nouvelles cages d’immeubles(4). Plus tard, l’association mettra en œuvre le chemin Picassiette, un jalonnement de mégalithes partiellement recouverts de mosaïques. Il conduit les visiteurs et les touristes de la Maison Picassiette aux mosaïques des immeubles reconstruits. Le promeneur découvre alors comment l’œuvre d’Isidore a pu trouver une résonance dans l’opération de développement social urbain, comment les habitants d’un quartier relégué ont fait œuvre de mémoire.
La Régie met en scène la vie du quartier. Elle est là, comme au théâtre, avant, pendant et après le spectacle. Elle réunit les personnes et leurs projets, elle transmet l’histoire de la mosaïque faite, nous dit Odorico, pour combattre la tristesse urbaine. A petite touche, elle rend leur éloquence aux habitants.
(1) Dix sept pays représentés.
(2) 83 salariés en 2005 : 35 Etp.
(3) Architecte F.Semichon
(4) Projet :P.Macquaire. Plasticiens : B. Adou, J.Barroqueiro.
En 2006 l’association les 3R (Rénover, Restaurer, Réhabiliter) fêtera ses vingt ans. Elle célèbrera aussi le dixième anniversaire des Rencontres Internationales de Mosaïque. L’événement est attendu. A Chartres bien sûr, mais aussi dans le monde de la mosaïque où les Picassiettes sont devenus d’incontournables artistes, des Picassos de l’assiette, les fédérateurs d’un art tombé en désuétude. (1)
Tout commence avec Raymond Isidore, le balayeur du cimetière. A l’époque, le cimetière sépare le quartier des Hauts de Chartres du reste de la ville. Raymond Isidore dit Picassiette se rêve un destin d’artiste. Chaque jour il remplit sa brouette de morceaux d’assiettes, d’éclats de verre et de céramiques glanés en chemin. L’homme fait œuvre de ces débris jetés au rebut. Ces insignifiances font signe et il se livre alors, lui qui se dit rejeté, abandonné à la mort, à la réalisation de l’œuvre de sa vie. Il couvre sa maison de mosaïques.
A partir de 1990 le quartier des Hauts de Chartres, quartier de Picassiette, subit une importante transformation. On tente de reconstruire cet ancien ghetto en proie à la violence et aux dégradations. Pour les habitants qui subissent l’un des taux de chômage les plus élevés de l’hexagone, la reconstruction est l’occasion de mobiliser les associations. En 90, les habitants créent la Régie de quartier (2). Ils se tournent vers la ville et les bailleurs.
Les premières commandes de travaux cantonnent les habitants dans des tâches de nettoyage et de réparation. Peuvent-ils espérer être associés à la reconstruction ? Balayeurs, ils rêvent comme Picassiette d’être des artistes. L’aventure commence.
Face aux décideurs, les habitants se découvrent pique-assiettes, convives indésirés d’un banquet dont ils se sentent exclus. En 92, ils mettent en place un atelier de production de mosaïques, lieu d’entraînement au travail pour quantité de demandeurs d’emploi adressés par les services sociaux. La mosaïque, outil de reconstruction des personnes est un recours, l’ultime tentative d’ un quartier saisi par l’urgence pour reconstruire son identité..
En 1993, les habitants réalisent une mosaïque, réplique d’une œuvre d’ Isidore : « le rêveur de mosaïque ». Le maître s’y est représenté seul en grande conversation avec son chien. Tous deux rêvent de mosaïque. Installée sur une façade de la première tranche de reconstruction, elle est l’occasion d’une inauguration où les habitants disent leur rêve de voir un jour leur quartier reconstruit (3). C’est un dix huit juin, l’appel d’Isidore est lancé.
D’autres mosaïques verront le jour sur les nouvelles cages d’immeubles(4). Plus tard, l’association mettra en œuvre le chemin Picassiette, un jalonnement de mégalithes partiellement recouverts de mosaïques. Il conduit les visiteurs et les touristes de la Maison Picassiette aux mosaïques des immeubles reconstruits. Le promeneur découvre alors comment l’œuvre d’Isidore a pu trouver une résonance dans l’opération de développement social urbain, comment les habitants d’un quartier relégué ont fait œuvre de mémoire.
La Régie met en scène la vie du quartier. Elle est là, comme au théâtre, avant, pendant et après le spectacle. Elle réunit les personnes et leurs projets, elle transmet l’histoire de la mosaïque faite, nous dit Odorico, pour combattre la tristesse urbaine. A petite touche, elle rend leur éloquence aux habitants.
(1) Dix sept pays représentés.
(2) 83 salariés en 2005 : 35 Etp.
(3) Architecte F.Semichon
(4) Projet :P.Macquaire. Plasticiens : B. Adou, J.Barroqueiro.